Langue Arabe ou Française...? Dilemme éthnique, conflit de valeurs (Fin)
Au Maghreb, les populations des plaines du Nord adoptèrent assez vite la religion musulmane et la langue arabe mais les habitants des massifs montagneux et des zones désertiques, s’il se convertirent aussi à l’islam, surent préserver leur langue : le tamazigh. La carte des zones tamazighophones est très parlante, elle correspond très exactement, pour s’en tenir à l’Algérie, aux massifs du Chenoua, de la Kabylie et des Aurès au Nord, aux territoires du M’ Zab et du Hoggar au Sahara : Kabyles, Chaouïas, Mozabites et Touaregs représentent ensemble quelque 35 % de la population algérienne. Tout en pratiquant pour la plupart l’arabe, ils ont conservé leur langue maternelle : le tamazight. Une langue qui utilise indifféremment un alphabet spécifique, le tifinagh (hérité du punique et essentiellement en usage chez les Touaregs), l’alphabet arabe ou l’alphabet latin. Après les premières décennies des indépendances, où sa pratique fut plutôt réprimée, le tamazight, a peu à peu conquis droit de cité, grâce aux luttes menées en sa faveur et à la lente maturation des esprits.
“L’histoire et plus particulièrement l’histoire coloniale, a traité de façon très inégale les différentes langues du monde. Certaines ont ainsi confisqué à leur seul usage les cercles officiels de la communication, chassant du même coup d’autres langues de ces lieux de pouvoir. C’est par exemple le cas de l’espagnol qui domine les langues amérindiennes, c’est aussi le cas du français qui marginalise les langues africaines et les langues créoles et pèse encore aujourd’hui sur l’arabe du Maghreb. Tous ces instruments de communication minorés que l’on nomme “dialectes” ou “patois” sont en fait des “langues “ qui ont manqué de chances” nous fait remarquer le linguiste Alain Bentolila dans un de ses ouvrages. Le français a essaimé à travers le monde de façon volontaire ou a pénétré par effraction, imposé comme un moyen impérialiste via la colonisation. Selon les pays, la langue française est utilisée de façon différente et coexiste souvent avec d’autres langues comme le joual, le créole, l’arabe ou les langues et dialectes africains. Etant donné les rapports politiques souvent problématiques entre la France et des pays colonisés à un moment de leur histoire, la réappropriation d’une langue imposée et à qui on donne d’autres références n’est-elle pas un des moyens de subversion?. Cette réalité implique des utilisations et des approches différentes, des détournements linguistiques et des rapprochements inattendus. L’usage du français est particulier, selon le pays où il est parlé mais, recouvre aussi des approches communes à tous les pays francophones. Cette situation confirme la spécificité du statut de la langue dans de nombreuses dramaturgies francophones et varie selon les pays.
Alors, arabe ou tamazight ou français? Ne vous inquiétez pas les francophobes on l’aura compris: Arabe et Amazighe et pour vous rassurez d'avantage, l'Algérie ne fait même pas partie de l'organisation internationale de la francophonie. Donc, finalement l'Algérie est à l'image de sa population et son histoire, sur un soubassement amazighe séculaire, la langue arabe s’est peu à peu imposée à l’ensemble du Maghreb. La prépondérance de ce soubassement a pourtant marqué la langue dominante, donnant naissance à un arabe populaire maghrébin qui se différencie quelque peu de l’arabe de la vallée du Nil (avec le copte) ou de celui du Proche Orient (avec l’araméen) et a fortiori de l’arabe parlé dans la péninsule arabique (le plus proche bien sûr de l’arabe classique). Les quarante dernières années ont été marquées, paradoxalement, par la reconnaissance officielle du tamazight dans les deux principaux États intéressés : l’Algérie et le Maroc, alors même que l’usage de l’arabe moderne, cette langue médiane utilisée dans les journaux, la radio, la télévision et surtout à l’école, favorisait partout l’appropriation de cette langue, y compris par les Maghrébins tamazighophones. Cette situation, qui a pu alimenter bien des «schizophrénies », impose donc, aujourd’hui plus que jamais, la notion complexe mais bien réelle d’une Algérie arabo-amazighe.
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