vendredi 7 août 2015

Langue Arabe ou Française...? Dilemme éthnique, conflit de valeurs
Suite aux nombreux commentaires de certains utilisateurs des réseaux sociaux, j'ai décidé d'écrire ces quelques lignes pour simplement exprimer mon opinion et rappeler quelques faits historiques sur un sujet qui divise les algériens. En lisant ces commentaires, j'ai l'impréssion que l'Algérie est coupée en deux équipes, l'équipe de ceux qui veulent utiliser exclusivement la langue arabe et tourner la page du français et de l'autre côté l'équipe de ceux qui s'expriment en français car soit il s'agit d'une ancienne génération francophone ou des cadres et des diplômés qui ont suivit des études en français (en Algérie ou en France)... Faut-il utiliser l'arabe ou la français? C’est généralement la question qui fâche ! Surtout si l’on répond de manière univoque et tranchée : « Le français ! » ou à l’inverse : « Bien sûr l'arabe ! ». Puis on entend ceux qui nous disent: « Ah non, on regrette l'arabe car l'Algérie est arabe» et d'autres: « Ni l'un ni l'autre, l'Algérie est Amazighe donc il faut parler la langue de nos ancêtres primitifs ! »
Et cette querelle ne divise pas que ceux qui s’intéressent à ce pays. Elle touche très souvent les Algériens eux-mêmes, tellement ballottés dans leur identité multiple, tellement marqués par les manipulations successives de leur histoire. Sortir de ce débat sans fin suppose de bien comprendre tout d’abord qu’il ne s’agit en aucun cas d’un problème ethnique ou d’un problème purement linguistique, qui s’explique aisément par l’histoire. il s’agit non pas d’oppositions ethniques, comme on l’avance trop souvent (les « anciens» Amazighes ou arabes contre les « occupants » Français). La culture algérienne, comme celle de tout le Maghreb, est essentiellement de type méditerranéen. Et elle présente aussi une infinie variété et richesse qu'a connu cette région du monde (à l’instar de la France) et pour cause les incessantes migrations, invasions, flux et reflux de populations extérieures qui y ont toujours laissé des traces.
La langue originaire (c’est d’ailleurs le territoire historique de cette langue qui définit les limites du Maghreb : du Sud de la Mauritanie à l’Est de la Libye) est bien la langue berbère, le tamazight, pratiquée par toute la population de l’Afrique du Nord antique, mâtinée de punique au temps de Carthage puis de latin au temps de Rome, résistant aux Vandales et aux Byzantins mais vacillant au moment de la conquête arabe des VIIe et XIe siècles. L’expansion de l’islam à partir de la péninsule arabique est tout d’abord le fait de cavaliers arabes, accompagnés de théologiens et de marchands. Mais ils sont peu nombreux et, au fur et à mesure qu’ils conquièrent le Proche-Orient vers le Nord, puis l’Égypte, le Maghreb et l’Espagne (Andalousie) vers l’Ouest, la Perse et l’Asie centrale vers l’Est, ce sont souvent les peuples nouvellement convertis qui, d’étape en étape, par vagues successives, s’agrègent, de plus en plus nombreux, aux «vrais » Arabes.
On sait, par exemple, que les « Arabes » qui ont conquis l’Espagne (l'Andalousie) étaient, pour leur très grande majorité, des Amazighes convertis. L’expansion de l’islam à travers le monde eut également ceci de particulier qu’elle véhiculait à la fois la nouvelle religion de Mohammed (PSSL) : l’islam et la langue de la révélation du Coran : l’arabe. Les populations conquises se voyaient donc proposer un ensemble a priori indissociable : la religion musulmane et la langue arabe. Beaucoup de ces peuples adoptèrent ainsi, rapidement, la nouvelle religion et la langue qui la portait. Mais ce fut loin d’être toujours le cas. Ainsi certains adoptèrent-ils progressivement la langue arabe sans pour autant abandonner leur religion juive ou chrétienne : des îlots parfois très importants de judaïsme et de christianisme ont pu dès lors survivre jusqu’à nos jours au Maghreb et au Machrek, ce qui permet d’évoquer à juste titre des chrétiens arabes et des juifs arabes. A l’inverse, des populations intégrées au vaste empire musulman (il atteint son apogée au IXe siècle) se convertirent très vite à l’islam sans pour autant abandonner leur langue : ainsi les Turcs et les Persans islamisés refusèrent ils d’adopter la langue arabe, pour se contenter de transcrire leur propre langue en caractères arabes. (à Suivre)


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