dimanche 25 avril 2021

Tlemcen, une ville commerciale

 Tlemcen, une ville commerciale

Tlemcen était le plus important carrefour commercial de l’Afrique du Nord par sa situation géographique stratégique ; non loin de la route du désert et non loin de la méditerranée via son port de Honaïn qui assurait la liaison avec l’Andalousie via la ville d’Almeria en seulement deux jours. L'ancienne Tlemcen était autrefois divisée en plusieurs quartiers spécialisés dans divers services destinés aux citoyens de la ville ou encore aux caravanes de commerce pour qui la cité zianide était un passage obligatoire. Chacun de ces quartiers pouvait être considéré comme une petite ville à part formant un carré. Tlemcen était alors une cité commerciale, le rendez-vous des tribus amazighes et point de réunion pour les marchands de tous pays : 

« Les caravanes du Soudan, venant par les régions sahariennes, et celles de la Méditerranée occidentale. Grands conquérants, les almoravides dominent l'Occident musulman et apportent leurs relations avec Maroc, Espagne, Tafilalet, royaume noir de Ghana, Oran, Ténès et Ouarsenis. Tlemcen, cette agglomération de 16 000 feux - environ 90 000 habitants - est une ville de sciences et de savants jurisconsultes en droit musulman malékite . »

Au nord de la ville, le quartier d’El Kissaria (plus de 60 ares), réservé au commerce chrétien, regroupe : des fondoûks, des boutiques, des magasins, des entrepôts commerciaux, des fours, des bains, un couvent de frères prêcheurs, une église, des demeures particulières, au milieu d'une enceinte crénelée, percée de quatre portes, aux quatre points cardinaux, l'isolant des bazars musulmans. On y compte 3 000 boutiques et environ 2 000 marchands chrétiens : des pisans, des vénitiens, des génois, des catalans, des espagnols d'Almeria, des provençaux. Le même quartier groupe 2 000 artisans et soldats chrétiens. Les marchands tlemceniens se rendent au pays des noirs pour alimenter leurs entrepôts et Tlemcen connaît des associations de commerce qui font prévoir les compagnies chrétiennes des XVIIème et XVIIIème. Les cinq frères El Maqqari s'installent : deux à Tlemcen, deux à Oulata à 400 km de Tombouctou, un au Tafilalet, où ils aménagent des pistes, creusent des puits, organisent des caravanes, ouvrent des succursales. Les marchés de la ville, abondamment fournis, regorgent de négociants et de denrées de tous pays.

Les almohades prêtent une attention particulière au port de la ville de Honaïn située à 60 km au nord-ouest de Tlemcen avec la construction des remparts autour de cette petite ville romaine et dont le port fut un important centre de flux commerciaux entre les deux rives de la méditerranée. Deux jours de navigation suffisaient pour se rendre à Almeria en Andalousie où l’industrie du textile et la construction navale sont prospères. Honaïn était le point de départ pour le commerce transafricain et transméditerranéen faisant de Tlemcen un passage obligatoire à toutes les caravanes venues des routes du Sahara vers la méditerranée et vice-versa. À noter aussi que grâce à ce port, Tlemcen et Nedroma ont vu débarquer plusieurs familles andalouses exilées de force suite aux souffrances endurées et les difficultés rencontrées après l’imposition de la souveraineté chrétienne des rois catholiques sur la péninsule ibérique et la mise en place des tribunaux de l’inquisition. Tlemcen et Nedroma deviennent ainsi des terres d’accueil de l’émigration andalouse, des familles cherchant dans Tlemcen et sa région ce qui pouvait leur rappeler leur terre natale.

Les caravanes commerciales en direction du Soudan partaient de Tlemcen en général au début de l'automne puis revenaient au début du printemps. Mais cette route n'était pas facilement praticable, ce qui explique la longue durée pour atteindre la destination finale. En effet, cette route était souvent convoitée par les agresseurs et les pirates, d’un autre côté le climat rude, les tempêtes de sable, la température caniculaire ou encore la neige qui s’accumule dès le mois de novembre. Tous ces inconvénients rendaient le déplacement des commerçants et la livraison des marchandises plus compliqués. Les bandits qui se sont installés sur les bords de cette route commerciale ont provoqué une grande révolte des commerçants tlemceniens afin de mettre fin aux agressions que ces derniers subissaient. Certains imams de Tlemcen dont Abou El Abbès, أبوالعباس connu sous le nom El Marid, المريض - le malade - a émis une fatwa qu’il leva auprès du fakih Abou Abdallah Ibn Ârafa, الفقيه أبو عبد لله بن عرفة et le sultan en 1393 .

El Hassan El Wazzane a cité que dans la région qui s'étend entre Fès des mérinides et Tlemcen des zianides, aucun commerçant n'a pu sortir indemne essentiellement au cours de l'hiver car beaucoup de fermiers quittent certaines régions pour d'autres afin de nourrir les bêtes qu'ils possèdent ce qui facilitera l'action des coupeurs de routes . L’explorateur arabe El Abderi lors de son voyage de Fès à Tlemcen, a déjà décrit cette route comme dangereuse et infréquentable et qui n'a pas pu quitter Fès que lorsqu'une caravane commerciale en direction de Tlemcen s'apprêtait à partir, formée de 100 chameaux et dont sa préparation a duré trois mois . Certaines caravanes n'avaient pas le choix, et la seule solution qui se présentait à elles était de payer certaines tribus amazighes qui connaissaient bien la région afin de les escorter et d'assurer leur sécurité. Les commerçants de Tlemcen eurent peur que les bandits de grands chemins ne s’en prennent à leur argent. Ils le mirent dans des couffins, dans leurs bagages dans leurs vieux vêtements et sur les dos des ânes. Ils achetèrent de la graisse et de la rate ; chaque fois qu’ils passaient près d’un groupe de bédouins en allant vers Fès qu’ils étalaient sur leurs visages, leurs mains et leurs pieds de la graisse saupoudrée de rate séchée et broyée, faisant croire aux bédouins qu’ils étaient atteints de la lèpre . Finalement, cette route a fini par être sécurisée après l'intervention de l'armée des mérinides et des zianides conjointement.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

الجزائر بـ «قبر الهجمات - Alger « tombeau des attaques »

 La côte d'Alger a souvent été surnommée le « tombeau des attaques » en raison des échecs répétés des grandes puissances européennes à s...